RECOLTE

Un projet de recherche participative autour de l’autoproduction maraîchère à Strasbourg

Se nourrir dans un contexte de production agricole et alimentaire industrielle
La nourriture que nous absorbons est devenue industrielle et mondialisée, au même titre que l’essentiel des biens dont nous disposons : elle est produite dans des exploitations très mécanisées puis elle est transformée parfois très loin de l’endroit où elle est consommée, au prix de longs trajets et de manipulations nombreuses qui nécessitent de faire appel à des conservateurs et des emballages polluants, à de la main d’œuvre souvent sous payée, etc.

Et si on revenait à une consommation plus locale, plus juste et de meilleure qualité ?

Des initiatives de relocalisation fleurissent partout, comme les emblématiques AMAP (Associations pour le maintien d’une
agriculture paysanne). Et les citadins, en demande de nature, rêvent tous d’un petit coin de jardin pour retrouver le contact avec la terre et le goût des produits du terroir. 

Les politiques se sont saisis de cette question : la relocalisation des productions est au cœur des programmes alimentaires et économiques actuels. Pour envisager le chemin à parcourir et imaginer un futur plus favorables aux problématiques environnementales, il est nécessaire de faire un bilan : qu’est-on en capacité de produire sur les territoires urbains et périurbains ?

Jusqu’où faut-il aller pour approvisionner une ville comme Strasbourg ? 

Un calcul théorique, fondé sur des enquêtes de consommation (INCA 3) permet de savoir combien de surface est nécessaire pour nourrir un adulte moyen. Sur la base d’un apport alimentaire de 2200 kilocalories (Kcal), on estime qu’il faut environ 0,3 hectare (ha) de surface agricole pour assurer la nourriture d’un adulte, dans le cadre d’un régime moyen (constaté) et avec le système productif actuel de la France. Pour nourrir les habitants de l’Eurométropole, il faut donc disposer de 148 227 ha (494 089 habitants X 0,3 ha).

Avec une production « locale », cela implique de rechercher les produits agricoles dans un rayon de plus de 50 km de Strasbourg (calcul avec des surfaces situées sur le seul territoire français). Bien sûr, c’est un calcul théorique car toutes les calories aujourd’hui absorbées par les Strasbourgeois ne proviennent pas de la région, loin s’en faut.

Carte Louan Bildstein et Isabelle Charpentier, 2021. Données Corine Land Cover 2012

Une carte interactive des jardins recensés est disponible ici.

Des scénarios pour mieux valoriser ce qui est produit localement

Plusieurs paramètres peuvent modifier ces besoins et faire varier le bassin d’approvisionnement en produits agricoles :

  • le régime alimentaire des citadins,
  • les types de production (agriculture bio ou conventionnelle),
  • la (ré)affectation des cultures sur les surfaces disponibles

Le scénario de la relocalisation

On peut aussi imaginer accroître la surface dédiée à l’agriculture (ce n’est pas le sens de l’histoire : chaque année, la ville gagne sur l’espace agricole). Par exemple, si l’on cultivait dans les parcs publics (344 ha) et dans les 2 grandes forêts de l’Eurométropole de Strasbourg (3771 ha), on pourrait espérer gagner en SAU (estimation : + 1 600 ha).

Il reste de nombreuses inconnues. Notamment : que produisent les citadins dans leurs potagers, les jardins partagés, sur leurs terrasses et balcons ? Beaucoup considèrent ces productions comme anecdotiques : qu’en est-il réellement ?

Les objectifs du projet Recolte

Comment faire pour participer ?

Mieux connaître ce qui est autoproduit pour participer à la connaissance du système alimentaire métropolitain 

  • pouvoir réfléchir à notre alimentation et à sa relocalisation
  • extrapoler les « rendements » des cultures citadines à l’ensemble des surfaces cartographiées : jardins d’aujourd’hui et de… demain !
  • explorer « ce qui compte » pour les jardiniers (approches de l’ethnocomptabilité)
  • permettre la circulation des savoirs entre sphère scientifique, politique et citadins, grâce à l’approche participative
  • Se signaler (recolte@services.cnrs.fr ou glatron@misha.fr) pour obtenir les grilles d’analyse
  • Renseigner son lieu de production et ses conditions de culture
  • Remplir un carnet de récolte tout au long de l’année, sur papier ou dans un fichier excel dématérialisé (fournis)
  • Remettre ce carnet à l’enquêtrice en fin d’année civile

Des retours sur la démarche et les résultats sont périodiquement organisés, vous en serez informés !